Qu'est-ce que le concept de santé et sécurité psychologiques et pourquoi est-ce important?

Qu'est-ce que le concept de santé et sécurité psychologiques?

Un nouveau concept a fait son entrée dans le domaine de la santé au travail : on parle maintenant de santé et sécurité psychologiques. Ce concept porte sur la protection de la santé et de la sécurité psychologiques des employés.

La santé psychologique englobe notre capacité de penser, de ressentir et de nous comporter de manière à pouvoir performer efficacement dans notre milieu de travail, notre vie personnelle et la société en général. La sécurité psychologique est un peu différente - cette notion porte sur le risque de préjudice au bien-être psychologique auquel un employé peut être exposé. L'amélioration de la sécurité psychologique d'un milieu de travail nécessite la prise des précautions nécessaires pour écarter les préjudices ou les dangers pour la santé psychologique des employés.

Il est important de noter que les problèmes de santé psychologique couvrent un large spectre, qui s'étend des difficultés psychologiques légères, à une extrémité, aux troubles psychologiques graves, à l'autre extrémité. Les problèmes de santé psychologique les plus répandus en milieu de travail sont l'anxiété et la dépression, et ils sont majoritairement responsables des répercussions négatives sur les employés et les employeurs.

Les besoins, les droits et Protégeons la santé mentale au travail

PSMT repose sur la prémisse voulant qu'un nombre fini de facteurs psychosociaux en milieu de travail influent sur la santé mentale ou psychologique de manière positive ou négative.

L'essence même de PSMT à titre de stratégie consiste à déterminer non seulement les facteurs qui favorisent la santé mentale mais encore ceux qui posent des risques pour la santé mentale, dans le but de renforcer les premiers et d'atténuer les derniers.

Autrement dit, PSMT est une méthode qui sert à appuyer certains besoins humains fondamentaux au travail et à y réagir de manière à ce que leur absence n'entraîne pas de risques pour la santé mentale.

Néanmoins, tous les besoins n'entrent pas dans cette catégorie protégée. Seuls les besoins auxquels on peut raisonnablement répondre en milieu de travail sont pertinents. On peut également comparer ces besoins fondamentaux aux droits qui sont protégés d'une manière ou d'une autre par la Charte canadienne des droits et libertés et par d'autres lois provinciales et fédérales.

Ainsi, le milieu de travail peut être perçu comme un acteur clé, à tout le moins, de la protection, et, peut-être aussi, de la promotion :

  1. de la dignité et du respect de la personne (en réaction au besoin fondamental d'avoir un sentiment de valeur personnelle et d'estime de soi)
  2. de la sécurité, de l'intégrité et de l'autonomie de la personne (en réaction au besoin de se sentir en sécurité, tant physique que psychologique);
  3. de la justice organisationnelle (en réaction au besoin de sentir qu'on fait partie d'une communauté où la loi est appliquée de façon régulière et où des processus équitables sont respectés).

À un niveau ou à un autre, les facteurs psychosociaux décrits dans Protégeons la santé mentale au travail ont tous trait à la protection et à la promotion de ces trois grands groupes de besoins et de droits.

Pourquoi accorder de l'importance à la santé et à la sécurité psychologiques?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l'employeur devrait évaluer la santé et la sécurité psychologiques de son personnel et s'en préoccuper :

  1. Les responsabilités de l'employeur à cet égard sont clairement énoncées dans les mandats statutaires ou réglementaires existants ou nouveaux
  2. Sur le plan financier, l'employeur a tout intérêt à le faire pour réduire ses frais et accroître ses profits
  3. Il existe des preuves scientifiques et concrètes de l'incidence des facteurs propres au milieu de travail sur la santé mentale des employés

La santé psychologique des employés et ses effets sur l'organisation

Répercussions négatives

Les problèmes de santé psychologique des employés ont divers effets négatifs sur l'organisation, par exemple :

  • Répercussions financières. Les troubles de santé mentale, comme la dépression et l'anxiété, sont rapidement en voie de devenir la principale cause d'invalidité dans les pays développés. Les employeurs doivent composer avec une hausse des primes d'invalidité, des coûts plus élevés en soins de santé et avantages sociaux, et une augmentation des frais occasionnés par le remplacement des employés absents.
  • Productivité. Outre l'absentéisme, les troubles psychologiques contribuent dans une large mesure au « présentéisme », c'est-à-dire la baisse du rendement des employés malades ou blessés qui continuent de travailler. Une étude récente attribue à la dépression les baisses de productivité et de concentration les plus notables, en comparaison avec divers autres troubles de santé courants, comme l'asthme, la migraine et l'arthrite.
  • Sécurité. Les problèmes de santé et de sécurité psychologiques augmentent les risques d'accidents, de blessures et d'autres incidents. La majorité des emplois demandent une bonne concentration, des compétences sociales et une aptitude à la résolution de problèmes. Ces aptitudes se trouvent réduites dans la plupart des cas de maladie mentale. Par conséquent, les collègues et clients des personnes dont les troubles de santé mentale n'ont pas été dépistés ou sont mal gérés s'exposent à des risques importants, et parfois très graves.
  • Moral au travail. Les problèmes de santé et de sécurité psychologiques sont sources de conflits et de griefs. Si une personne dans l'équipe éprouve des difficultés, c'est le fonctionnement de toute l'équipe qui s'en trouve compromis. Contrairement aux troubles de santé physique et aux blessures, habituellement plus perceptibles pour l'entourage, les problèmes de santé mentale sont souvent qualifiés d'« invisibles » parce qu'ils ne sont pas apparents aux yeux des autres membres de l'équipe ou reconnus par eux. Si le comportement ou le rendement d'un collègue change parce qu'il a des problèmes de santé mentale, ces changements peuvent être perçus comme intentionnels, ce qui entraîne des malentendus, du ressentiment, des tensions et, en bout de ligne, une augmentation de l'absentéisme et du roulement des employés.

Répercussions positives

Par ailleurs, la santé et la sécurité psychologiques du personnel apportent des bienfaits de taille à l'organisation, par exemple :

  • Taux de recrutement et de maintien en poste améliorés. Dans le marché du travail complexe et en constante évolution d'aujourd'hui, les employés et les chercheurs d'emploi ont des attentes professionnelles plus élevées. Ils s'attendent à ce qu'on les traite équitablement, qu'on reconnaisse leurs efforts à leur juste valeur et qu'on leur donne l'occasion d'appliquer leur savoir et d'acquérir de nouvelles compétences. Les employeurs qui savent créer et maintenir un milieu de travail agréable et stimulant attirent et gardent les meilleurs travailleurs.
  • Engagement plus soutenu des employés. Un employé engagé se donne pleinement et avec enthousiasme à son travail, et assimile ses propres intérêts à ceux de son employeur. Les employés engagés sont plus disposés à fournir un effort supplémentaire ou à prendre l'initiative d'en donner plus, pour aider leurs clients et collègues. Il s'ensuit une amélioration du rendement, de la productivité ainsi que de la qualité des biens et des services.
  • Viabilité accrue. Les organisations, comme les personnes, doivent faire preuve de résilience pour faire face aux exigences de l'extérieur (les contraintes du marché, mises à pied, fusions ou restructurations, par exemple). Une entreprise ou une équipe de travail dont les membres sont en bonne santé psychologique est mieux armée non seulement pour surmonter ces défis, mais aussi pour réussir et prospérer.
  • Meilleure santé et plus grande sécurité. Les employeurs s'efforcent de créer un milieu de travail où tous ont à cœur d'assurer la santé et la sécurité des employés. Dans un tel environnement, les employés reconnaissent qu'ils sont tenus de veiller à leur propre santé physique et psychologique, mais aussi d'aider leurs collègues lorsque leur comportement révèle qu'ils sont en difficulté ou que leurs actions représentent un risque pour autrui. Dans un tel milieu, les employés font également preuve de plus d'acceptation et de collaboration à l'égard d'un collègue de retour d'un congé pour cause d'invalidité physique ou mentale.

Le dossier d'analyse de votre organisation

La raison d'être des mesures visant à assurer la santé et la sécurité psychologiques varie selon le secteur d'activité, la région, l'organisation et les équipes ou divisions qui la composent. Pour certains, la principale motivation est d'ordre financier; pour d'autres, ce sont la productivité et la croissance qui priment. Certains employeurs se font un devoir moral de veiller à la santé psychologique de leur personnel.

Vous êtes peut-être le gestionnaire directement responsable de la santé et de la sécurité au travail au sein de votre entreprise ou dans votre équipe de travail. Vous pourriez aussi faire partie du service des ressources humaines ou du syndicat, ou être tout simplement préoccupé par la question en tant qu'employé, et souhaiter convaincre les responsables de votre organisation d'agir pour améliorer les choses dans ce domaine.

Quel que soit le cas, il est important de constituer un dossier d'analyse en fonction de votre situation particulière. Soyez réaliste et fixez-vous des objectifs précis et réalisables. Recueillez des données qualitatives ou quantitatives pertinentes et songez à utiliser les Ressources de PSMT pour y parvenir et mesurer le succès de toute intervention que vous choisissez de faire. Voici des exemples de données que vous pouvez utiliser pour constituer votre dossier d'analyse :

  • taux d'absentéisme
  • coût des avantages sociaux
  • taux de roulement du personnel
  • taux d'accidents et de blessures
  • demandes d'indemnisation des travailleurs
  • taux d'invalidité

Rappelez-vous que la santé et la sécurité psychologiques dans votre milieu de travail ne changeront que si des mesures sont prises en ce sens, et que l'inaction peut coûter cher. Enfin, sachez que les efforts visant à assurer la santé et la sécurité psychologiques des membres de votre organisation ont plus de chances de réussir si employeur et employés s'attaquent ensemble à cette tâche.


Comment les facteurs psychosociaux dans le milieu de travail agissent-ils sur la santé des employés?

Il existe des preuves solides selon lesquelles certaines caractéristiques du milieu de travail peuvent influer sur la santé physique et mentale des employés. En présence de facteurs de risque au travail, une personne est plus susceptible de vivre un stress accru qui, en retour, augmente ses chances de développer ou d'empirer un trouble mental.

Le travail est-il une cause de troubles mentaux?

Il n'y a pas de réponse simple à cette question. En fait, tout dépend de ce qu'on entend lorsqu'on dit qu'un trouble est « causé » par un déclencheur situationnel; de la distinction qu'on fait entre la détresse mentale et les troubles mentaux; et de nos connaissances récentes sur le lien qui existe entre les facteurs qui influent sur la vie d'une personne et le développement de problèmes de santé mentale. Nous pouvons tout de même énoncer quelques éléments de réponse avec une certaine confiance :

  • À l'exception du traumatisme psychologique relié à un événement extrêmement stressant, comme le fait de se faire voler ou agresser sur le lieu de travail, on peut rarement établir un lien direct entre la situation de travail d'une personne et le fait qu'elle développe un trouble mental.
  • Les facteurs propres au milieu de travail peuvent cependant accroître la probabilité d'apparition d'un trouble mental, empirer un trouble existant et nuire à l'efficacité du traitement et à la réadaptation.
  • Les facteurs propres au milieu de travail peuvent être directement responsables de la détresse mentale d'un employé (découragement, humeur dépressive, anxiété, épuisement professionnel, etc.). Si la détresse mentale n'est pas toujours grave au point d'aboutir à un diagnostic de trouble mental, elle n'en demeure pas moins une source de souffrance considérable pour l'employé, sans compter la perte de productivité qu'elle engendre pour l'employeur et ses conséquences juridiques s'il est établi que des « conditions de travail toxiques » ont contribué à la souffrance et à l'invalidité de l'employé.
  • Un milieu de travail soutenant peut réduire la probabilité d'apparition, l'intensité, les conséquences et la durée d'un trouble de santé mentale.
  • Les organisations qui font l'effort d'identifier les risques psychosociaux et de créer un milieu de travail psychologiquement sain en récoltent les bénéfices en termes de productivité, de durabilité et de croissance.

Quelle est la prévalence des troubles mentaux??

Au Canada, on estime qu'une personne sur dix chaque année souffre d'un trouble mental diagnosticable et qu'une personne sur cinq aura un trouble mental à un moment donné au cours de sa vie. Ces chiffres peuvent inclure les troubles très graves, quoique rares, comme la schizophrénie, mais il s'agit le plus souvent de troubles tels que la dépression, l'anxiété ou la pharmacodépendance. Ces statistiques font un bond spectaculaire si on englobe l'éventail des manifestations de détresse psychologique qui sont parfois annonciatrices d'un trouble diagnosticable. Nous sommes tous touchés par les troubles mentaux, que ce soit à titre de victimes directes de la maladie ou en tant que parents, amis ou collègues d'une personne qui souffre.

Plus de la moitié des personnes aux prises avec un problème de santé psychologique ne sont jamais diagnostiquées et, parmi celles qui le sont, moins de la moitié reçoit un traitement conforme aux normes de pratique. Plusieurs raisons expliquent cette situation, notamment la méconnaissance publique des signes de détresse mentale, la pénurie de spécialistes et de services en santé mentale ainsi que les défaillances au niveau du dépistage des problèmes de santé mentale qui accompagnent les problèmes de santé physique. Plus de 15 % des dépenses en soins de santé au Canada peuvent être attribuées aux troubles mentaux, mais moins de 4 % des fonds de recherche sont consacrés à la santé mentale. Jusqu'en mai 2012, le Canada était le seul pays du G8 à ne s'être jamais doté d'une stratégie nationale en matière de santé mentale. La stigmatisation associée aux troubles mentaux constitue un autre obstacle de taille, car elle empêche les individus, les membres de leur famille et d'autres personnes de l'entourage d'avoir accès aux soins nécessaires, ce qui accroît et prolonge une souffrance inacceptable.

Les employeurs et les propriétaires d'entreprises, en tant que Canadiens, partagent naturellement les préoccupations suscitées à la grandeur du pays par l'mpact personnel et financier des troubles mentaux. Ils reconnaissent la nécessité de mieux comprendre nos compatriotes aux prises avec ces problèmes et de leur fournir de meilleurs soins. Cependant, ils n'ont peut-être pas saisi toute l'ampleur des répercussions que ces troubles entraînent sur les organisations publiques et privées au Canada. Une étude réalisée en 1998 estimait à 14,8 milliards de dollars le coût annuel des problèmes de santé mentale pour l'économie canadienne. Selon de plus récentes estimations, ces coûts atteignent maintenant 35 milliards, dont le tiers est relié à la fourniture de services de santé publique alors que les deux tiers restants sont supportés par les employeurs. Les problèmes de santé mentale constituent la cause d'invalidité de courte et de longue durée qui augmente le plus rapidement en importance et dont les coûts sont assumés par les régimes d'assurance des secteurs public et privé, les employeurs et les contribuables. On s'attend à ce que les problèmes de santé mentale soient responsables de plus de la moitié des prestations pour invalidité versées au cours des cinq prochaines années et qu'ils surpassent même les maladies cardiaques.